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Coquille

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2009/2010




Retour sur un voyage artistique de la Bretagne au Maroc

15 Mars 2010


Nous étions partis les pieds lourds du travail d'une année,

lourds de doutes et de questionnements,

mais malgré tout emplis d'envies,

d'aller nous frotter aux yeux des Andalous, puis aux yeux des Amazigh,

d'aller leur offrir notre travail d'un an...


Pendant toute cette année,

Nous avions tenté de garder le souffle du vent du désert dans nos cheveux,

pour réchauffer nos âmes lors des errements de mise en scène,

nous avions patiemment fait infuser la douceur des chants offerts par les amis de la vallée des roses,

nous avions écrit

effacé

réécrit

raturé

recommencé

laissé tomber

et récrit encore

le synopsis,

les didascalies

les dialogues

la scénographie...


Nous avions

découpé le carton,

poncé le bois,

pré-peint les panneaux,

collé le papier,

vitrifié les marionnettes,

décollé le papier,

percé le métal,

monté des rallonges,

cousu sur nos mains,

monté, démonté, monté, démonté, monté, démonté,

monté le décor,

pour l'apprivoiser,

jamais tout à fait...


Bref, nous avions connu les affres de la création

comme tout le monde,

et la répétition publique du mois d'octobre nous a laissés

tellement angoissés et dépités

que nous avions failli annuler le voyage...


Heureusement, un reste de poussières d'Atlas, mêlées à la brume bretonne,

nous ont poussés à ne pas tout lâcher d'un coup,

et une bonne fée a bien voulu se pencher sur le berceau de notre nouveau-né dépenaillé,

pour le transformer en spectacle tout frais

prêt à partir en tournée à l'étranger...


Et voilà le camion qui mange le bitume,

à 40 à l'heure dans les côtes on est vraiment des escargots,

mais à 100 dans les descentes on a quand même senti pousser nos ailes !


Et voilà les ailes qui s'ouvrent sur la scène, d'abord timidement, avec les enfants, et surtout les adolescents andalous,

cris de joie et séance d'autographes dans une salle immense, à balconnets et moquette rouges,

au milieu du pays des serres à tomates qui à perte de vue étalent leur blancheur pour faire la nique à la Méditerranée.

au milieu aussi des champs d'oliviers, 40 000 en un seul regard d'après notre capitaine de voyage (4 ans et 24 dents)

au milieu encore du ventre de Granada, volutes maures d'Al-Andalus et chants gitans de Navidad...


Et voilà des ailes qui se déploient devant des centaines de femmes et d'hommes libres,

Amazigh du coeur de l'Atlas,

qui nous enroulent de chaleur de rires de mains qui claquent de mots qui décollent,

ambiance de match où tout le monde est vainqueur,

et les yeux qui rigolent encore en venant te serrer la main.

Ils nous ont portés bien au-delà de nos doutes.

Et leurs rires à eux seuls valaient dix fois les douleurs et les rages de nos errements de comédiens.


Elles sont restées ouvertes grâce à eux nos ailes,

et nous avons volé de Marrakech à Rabat à Salé, Kénitra, Salah al Jadida,

pour une dizaine de représentations (merci l'institut français !) devant un public beaucoup plus calme,

plus proche de nos habitudes françaises,

(encore que...la différence est grande entre le centre de la capitale capitonnée,

et les quartiers de la grande banlieue où la salle de spectacle ne sert pas si souvent...)


Et, comme des migrateurs novices, nous sommes revenus un peu en arrière,

rechercher une saveur amazigh avant de rentrer vers le nord,

et avons découvert Demnate, aux portes de l'Atlas,

rencontre merveilleuse d'érudits bavards et de chanteurs gnaouas,

incroyables nuits étoilées,

promesses de retours et de travail au long cours ensemble...


On pourrait faire une liste longue comme le chemin qui chemine

de toutes ces mains tendues pour nous faire grandir,

d'Ismaïl à Abdu en passant par Hicham, Maud, Sylvain, Zora, Mustapha, Larbi, Hassan, Gaëlle, Turia, FX, Mouna, et Pipo et Marie et Juan,

on vous l'épargnera,

ne serait-ce que pour la garder secrète comme un trésor caché au fond de nos rêves.


En attendant on se remet, on se retape de cette longue route

et de ce retour si claquant, de froid, de dureté, et de clinquant,

on se réchauffe auprès des amis qui n'ont pas congelé leur coeur malgré les rigueur de cet hiver,

et on songe à la suite...


Escargots sous les vents...

1er Mars 2010


C'est le Simoun qui nous a caressé les antennes de loin en loin,

dans les montagnes de l'Atlas,

chaud échappé du Sahara pour nous faire croire à un printemps caché derrières les neiges...


Et puis les Alizés nous ont bercés au son des médinas de la côte atlantique,

mouillé et souriant au creux des vagues énormes.


Il y a eu aussi le plus violent, le plus long, le plus fou des vents,

le Levante d'Andalousie, qui te crie dans les oreilles,

en croyant te chanter la puissance de la terre et de la mer entremêlés...


Et comment appelle-t'on ces bourrasques glacées et pleines de neige,

qui nous ont accompagnés de Bilbao à Morlanne dans le Béarn ?

Elles nous annonçaient notre retour dans l'Europe et surtout dans l'hiver,

nous qui quittions et le printemps marocain et les fleurs du Portugal...

Heureusement nous retrouvions des humains aussi chaleureux que la neige était froide !


Alors, nous ne sommes pas si étonnés de goûter cette bise,

ce vent du nord, glacial et surmené,

qui nous décolle le nez et les oreilles depuis plus d'une semaine en Bretagne...


Et voilà, notre tournée est bien finie,

l'escargot a retrouvé sa coquille,

le décor est déchargé, le camion vidé...

Ce fut une belle aventure,

que nous vous raconterons ici au gré de nos envies d'écrire...


Mais au bout du compte, le voyage continue,

si les vents n'arrêtent jamais de souffler,

si les odeurs vont et viennent,

si les rêves se partagent.

C'est  aussi une part de nous qui souffle...






 

Ola Ola

19 décembre 2009


Le caracole cabriole sur les montagnes enneigées d'Andalousie.

Des ateliers à tire-larigot pour des espagnolets en furie, un spectacle qui les fait bien rire, une coquille un peu lourde et des passages des cols douloureux pour notre gros camion. Il faut dire qu'on est chargés d'envies et que ce voyage est pour nous lourd de sens. Mais les gens nous sourient quand on arrive, les profs ont les larmes aux yeux à la fin du spectacle, les tapas sentent l'huile d'olive et les caves de Grenade le vieux flamenco. Que rêver de plus?

Et de collège en collège, de théâtre en théâtre, d'hôtels en hôtels, c'est promis, on vous le jure, on vous ramène à chacun un échantillon de shampooing.

Dans le camion, place numéro 4, Chantal, ou Mme la présidente, a écumé les rues des quartiers gitans de Granada en long en large et en travers. On était bien contents de faire ce bout de route avec elle : présidente, psychologue, nounou pour Némo, compagne de troquet pour Claire, encore merci patronne.


Et la tournée espagnole touche à sa fin, il est venu le temps de faire une pause pour fêter noël (au chaud). et de descendre plus bas pour fuir cette neige qui nous rattrape à grands pas. Cap sur le Maroc et la vallée des roses. on ne sait pas encore ce qui nous attend mais on a confiance en ce spectacle qui nous en a fait voir de belles toute l'année. Vas-y Camion ! Chauffe nous les lignes blanches ! Vale vale ! Vole vole ! Yala Yala !

Il nous reste des histoires à raconter et des chansons à sussurer! La route est longue mais ça va être super ! Roule Marcel !


Joyeux hiver dans les chaumières ! La transhumance continue pour l'escargot du coin de la rue !


Marion, Tanguy, Claire et Little Némo.