L'Escargot Migrateur

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Un corps qui refuse de plier - mercredi 20 décembre 2017 - Rapport au travail | Education populaire | Economie | Droit | Action collective

2017, en quelques chiffres :

625 heures de formation ; 335 personnes formées dont 204 financées ; 1 Labo en Rhône Alpes ; 150 mètres de paperboard ; 1734 post-it ; 22 marqueurs ; 10500 km parcourus ; 20 livres pas encore lu mais déjà conseillés ; 2 années passées à bosser sur les certifications de nos formations et la démarche qualité ; plusieurs centaines d'heures passées au téléphone ; 1 nouvelle paire de lunettes ; 1 formation en Guyane ; 3 déménagements vers 1 nouvelle aventure ; 3 tentatives d'arrêter de fumer ; quelques craquages ; 80 Compagnons et Compagnonnes ; 1 nouveau siège social (et la perte de courrier en route qui va avec) ; de nouvelles collègues occasionnelles et plus régulières ; le premier catalogue imprimé de l'histoire de l'Escargot Migrateur ; le lancement de formations co-animées ; des rencontres et des créations de toiles d'araignées de liens trop chouettes ; une belle et longue aventure avec l'Association Rennaise des Centres Sociaux ; des retrouvailles post-Labo ; la création d'outils précieux pour gérer la paperasse qui grandit pour les organismes de formations...

 

Nous espérons pouvoir continuer notre métier de formation mais c’est pas gagné !

Beaucoup de choses vont se jouer en 2018.
À priori, la nouvelle reforme de la formation professionnelle nous dirige vers un marché libéralisé, étonnant ?

Mais que se joue-t-il en fait ? Nous avons bien quelques idées :
La grève générale de 1968 est vécue comme un traumatisme par le patronat. La mobilisation est colossale. Le patronat va donc se battre pour rééquilibrer le rapport de force : sa stratégie est de casser les collectifs de travail en individualisant la relation au travail (parcours de formation individuels, objectifs individualisés, ne jamais donner la certitude d’avoir bien travaillé, etc.).
On glisse d’un monde collectif, de partage et de solidarité à un monde émietté, individualiste où chacun en réfère directement à son supérieur... C’est à cet endroit que se construit un des socle de ce qui fait la souffrance au travail. Et le nombre de collectifs de travailleurs diminue, jusqu’à devenir insignifiant.

Mais à quoi servent les collectifs de travailleurs ?

☛  À avoir un métier que l’on partage avec d’autres :
Aujourd’hui, nous n’avons plus de métiers, nous avons des compétences... Or, qu’est-ce qu’un métier ? C’est l’expérience qui coagule ! Et l’expérience, c’est la principale ressource du salarié, qui permet d’être légitime dans son organisation, de négocier face aux injonctions de l’employeur (ou du décideur).
☛  À transmettre le travail réel, à la différence du travail prescrit :
Le travail réel, c’est celui qui marche, qui redonne du sens, de la cohérence avec ses valeurs, qui donne de la beauté au travail, mais qui rend aussi le travail plus confortable, moins dur et moins dangereux. Il y a un contentieux inépuisable entre le patron (dans le milieu associatif plutôt les financeurs que l’employeur... ) et les salariés quant à la façon de faire le travail.
☛  À partager du sens politique, de l’analyse :
Les difficultés, les souffrances (« tu te sens nul, épuisé, et résigné ? ») sont pensées comme les conséquences de l’organisation, comme un problème collectif ! Les collectifs de travailleurs construisent et diffusent les moyens d’appréhender les explications politiques, économiques et sociales pour contrer la culpabilité individuelle qui entraîne avec elle les sentiments d’impuissance, d’inutilité et d’isolement...
☛  À rendre possible la solidarité :
Il est une époque pas si lointaine où les caisses de solidarité marchaient à plein, où les classes populaires se donnaient la main pour construire les maisons... Ces collectifs étaient présents, protecteurs. Ils agissaient collectivement. Ce qui apportait d’une part des solutions concrètes, mais aussi une réelle puissance symbolique : « Nous vivons un destin commun ! ».

Pour nous, une formation c’est évidemment un endroit de transmission de savoirs, mais c’est aussi un espace collectif.

Un espace qui, à l’image des collectifs de travailleurs, permet de partager de l'expérience (fait métier), de se transmettre les façons de travailler mieux, redonner du sens, de construire et de partager de l'analyse politique et de construire et créer de la solidarité.
C’est pour nous une solution concrète et efficace pour reprendre du souffle, individuellement ET collectivement. La formation fait clairement partie des outils à utiliser pour cela ! Elle fait toujours avancer l’individu en même temps que sa structure. Elle nous fait avancer ensemble, reconstruire nos métiers, reprendre notre destin collectif en main !

La formation continue tout au long de la vie est un droit depuis longtemps, (qu'on risque bien de perdre). Elle est aussi une nécessité !

Alors que veut cette nouvelle réforme... ?

... En cassant les métiers (c’est-à-dire en diminuant le pouvoir des branches professionnelles et en rendant encore plus difficile l’accès à nos droits), en  individualisant le rapport au travail et donc à la formation, en redistribuant les cotisations sociales vers d’autres lignes budgétaires... ?
Que nous dira-t-on ? Que c’est à cause de la fraude, c’est pour simplifier, vous serez encore plus libres !

 

Alors parce qu’au delà des droits, il y a la nécessité de s’organiser et de réfléchir pour agir ensemble.

Parce qu'au delà des chiffres de l'emploi, du chômage et des évaluations quantitatives, il y a surtout des humains.

Des humanités. Plein, plein, plein. Des visages et des corps. Des corps qui ne plient pas. Des corps qui morflent, qui s'arrachent à la morosité ambiante et à l'impuissance généralisée.
Des têtes et des ventres qui ne sont pas toujours d'accord entre eux. Des corps et des têtes qui se serrent les coudes pour rester debout. Des corps qui refusent de plier.
L’alliance des volontés et de nécessités.

F. Calvo Ortega, dans sa critique du livre de Santiago López Petit Horror vacui, affirme :

Un corps qui refuse de plier et qui en ne se soumettant pas interfère dans le mécanisme consensuel. Mais abandonner l’ordre est avant tout abandonner la structure de l’attente, de cette attente interminable qui nous assujettit et nous empêche de vivre. Ouvrir la crevasse depuis laquelle pouvoir vivre, se mettre de côté. Multiplier les espaces où il est possible d’habiter sans être trop sujets. Assurément pas hors du système, mais d’où nous pouvons l’attaquer à coup sûr. Au lieu de vivre le chômage comme une punition générale, s’aventurer à essayer d’en profiter pour impulser sa créativité. L’expérimenter comme une nouvelle forme de vie, parce que expérimenter c’est vouloir vivre.

 

Alors pour cette nouvelle année, on vous souhaite du coeur à l'ouvrage...

... pour partager et se reconnaître, expérimenter pour construire une belle offensive et disposer de bases de diffusion des savoirs issus de partout, des bibliothèques, des savants, des ghettos et des en-dehors, pour agir, nous organiser, et construire le présent et demain.

Fuerza ! Au coude à coude !