L'Escargot Migrateur

L'Escargot Migrateur anime des formations, et accompagne des structures de la société civile.

Nous construisons, nous pensons, nous inventons, nous combattons pour un monde plus juste. Nous rayonnons sur toute la France et agissons aussi régulièrement à l'étranger. Mais là où on intervient le plus souvent, c'est en Bretagne, en Normandie, en Auvergne et en Rhône-Alpes.

Ce qui nous porte beaucoup en ce moment, c’est d’accompagner des territoires, des villages, des secteurs sur un temps long, mettre en place et installer des cultures de coopération, plus pertinentes, plus fortes, plus puissantes, pour répondre pleinement aux enjeux et aux besoins des territoires concernés.
À Groix avec les Semeurs de Santé, on se régale ; à Simorre avec le café le Bouche à Oreille qui passe en SCIC (130 sociétaires dans ce village de 1000 habitants), et l’émulation du village, aussi c’est passionnant !
Alors notre programme de formation de cette année est moins fourni que les deux dernières années... et aussi parce que Lucile revient de congé mat' !! Youhouhou !


Actualités

Debout sur les ruines d'aujourd'hui - jeudi 26 novembre 2020 - Sensible | Coopération | Actualités

Mon enfant,

Je t'écris aujourd’hui le 26 novembre 2020. Je t'écris de cette drôle d’époque, je t’écris de ce temps incertain.
Dans ma vie, je crois que c’est la première fois que je vis une période comme celle-là. J’avais été épargné de vivre dans un pays en guerre, j’avais été épargné par les épidémies.
J’ai connu des errances et des matins tristes, mais pas de temps collectifs aussi perturbants que la crise actuelle.
Je t'écris d’un présent intense et plein de fractures.
Ici, un virus dont l’existence est liée à notre façon de consommer le monde, vient rendre saillants nos tensions, nos dysfonctionnements et nos peurs. 
Ici, la gestion gouvernementale de la Covid 19, nous assèche et nous isole. Leur gestion autoritaire exacerbe nos solitudes, rabougrit nos humanités.
Nous vivons une crise historique, elle pourrait provoquer le meilleur comme le pire.

 

Mon enfant, tu as 15 ans et tu pars en scooter à l’école le matin. 

Tu mets ton masque toute la journée, sans jamais te plaindre. Tu es en colère contre  la cruauté de ce gouvernement à s’attaquer à la sécurité sociale en pleine crise sanitaire.
Tu es en colère qu'il puisse rentrer aussi puissamment dans notre quotidien, et interdire ce que bon lui semble. 
Tu ne te sens pas protégé par l’État, tu te sens menacé et contraint. Tu veux aller manifester contre la loi de sécurité globale ce soir. Moi j’ai peur que la police ne soit pas coopérative...
On discute de Jaurès, je te raconte le socialisme. Tu as profité de ce confinement pour écouter des podcasts, lire et chercher à comprendre le monde. Avec une tentative de rigueur dans la construction de la pensée.
Tu en sais plus sur les relations entre le climat et le système capitaliste, les dominations de genre et le patriarcat à 15 ans que ce que j’en avais compris à 25 ans. 
Tu n’es pas dupe, tu n’es pas naïf. Tu as confiance dans tes analyses, tu sais te remettre en question, tu choisis tes médias, ton camp, tes luttes et tes désirs, et tu sais déjà que se sera difficile.

 

Mon enfant, tu as 9 ans, je t’emmène à l’école le matin. 

Parfois, nous écoutons la revue de presse, et je te vois surpris de tant de violence. 
Comme ce monde manque de joie. Heureusement, chaque jour tu me rappelles, avec tes mots, que l’avenir s’écrit avec surprise ! 
Que nous ne savons absolument rien de ce qui va se passer, et que ça laisse tant de place au meilleur, au plus beau, au plus joyeux !
Tu te moques bien de devoir mettre un masque pour jouer avec tes potes. C’est le jeu qui compte et vivement qu’on enlève ce masque. Zorro perd de son charme...
Ça t’inquiète vraiment de savoir ce qui se passe pour les petits voisins, pour les amis marocains, les voyagent te manquent. Tu sais l’importance d’être solidaire. 
Tu sais que rien n’est plus important que de partager le repas avec celles et ceux qui n’en ont pas. 

 

Mon enfant, tu as un an et trois mois, 

Tu regardes les grands avec des yeux fluo et pétillants. Toi, tu continues les liens, toi tu n'as pas de barrière, toi tu câlines et tu caresses les gens, celles et ceux qui croisent ta route.
Tu affirmes aussi quand tu n'es pas d'accord. Tu sais dire NON. On a bien besoin de réapprendre cela à tes côtés.
Et ta grande force, c'est de ne nier personne, de faire avec celles et ceux qui ne sont pas comme toi, qui ne pensent pas comme toi. Tu y vas, tu cherches le contact, le dialogue, pour construire ensemble, ou jouer à caché-coucou. 
On a bien besoin de réapprendre cela à tes côtés.

 

Mon enfant, tu naîtras au printemps. Je me demande dans quel monde tu grandiras. 
Sera-t-il accueillant, ou un univers délabré laissé aux puissances sans vie et sans désir ?
Chaque jour, tu m’apprends que le futur sera joyeux. Que quand je t’aurai dans mes bras, j’éclaterai de vie, de rire et de désir.
Je tente de construire un monde respectueux, digne et généreux. Un monde où notre temps nous appartient. Un monde où règne la justice sociale. Un monde où nous dialoguons d’égal à égal avec le vivant.

 


Je regarde inquiet ce qui se dessine. Je vois mes amis s’écharper pour des questions étranges, ou du moins qui me semblent annexes. 
Je vois des lois, des lois, des lois qui passent, et très vite, sans qu'on ait le temps de s'organiser pour s’y opposer. Des lois qui menacent plein de choses, et qui vont mettre à mal de nombreux et précieux espaces de résistance. 
Je vois des gens élaborer des complots fantastiques, (peut-être vrais, je n'en sais rien) mais qui me semblent paradoxalement étrangers au complot primordial, celui qui structure nos sociétés, je veux dire celui des dominations de classe.
Ces dominations de classe, qui s'entremêlent aux autres dominations qui structurent notre système actuel (sexisme, racisme...).


Je vois des collectifs qui manquent d’oxygène, à ne plus comprendre comment agir collectivement. Et en direction de qui ?
Je vois des humanités qui s’essoufflent, à être si loin les uns des autres. La solidarité est notre oxygène, et le monde est bien dur quand on respire peu.
Moi qui suis passionné par les groupes, les collectifs, je ne les ai jamais trouvés si fragiles. Comme nous sommes malheureux sans les autres.
Notre humanité est collective. C’est notre force. C’est un levier et une puissance. C’est aussi notre talon d’Achille. En nous coupant les uns des autres, comme avancer devient difficile !
C’est fou tout ce qui nous isole en ce moment.

 

 

Mon enfant,

Je t'écris du 23 novembre 2020, et je veux te témoigner, que dans ce bordel de crise sanitaire, qui est surtout une crise politique, avec la bande à collègues, nous ne baissons pas les bras, ni les yeux
Mais pour être sincère, nous sommes englués dans cette situation. Nous continuons coûte que coûte à faire ce que l’on peut. Mais ce n’est pas grand-chose. Ce n’est sûrement pas assez en tout cas au regard des coups qui nous sont portés.
Nous sommes la production de ce que nous vivons, les situations nous construisent. Notre situation pour l’instant, c’est d’être confiné. Confiné avec toi mon enfant, c’est doux, ça me remplit et me porte !

Mon enfant, ta présence me porte et me pousse à agir. 
D'autres sont en mouvement, mobilisés et pertinents. Il est temps de les rejoindre. Au coude à coude.
La crise porte en elle le pire avenir, et le meilleur. Pour le meilleur, il faut retrouver le chemin de l’action collective.
Toutes les transformations sociales émancipatrices sont le fruit de mouvements collectifs. 

 

2021 sera un renouveau. C’est à nous de l’écrire. C’est à nous d’en construire le récit, ensemble.

Ce confinement avec toi aura été instructif. 
L’important est d’accepter d’être en colère, et de construire ses analyses rigoureusement, pour aller vers l’action.
L’important est de faire de l’incertitude une alliée.
L’important est d’être solidaire et de penser aux autres, à commencer par celles et ceux qui nous entourent.
L’important est de savoir dire non, et de ne nier personne, de construire ensemble
L’important est de trouver la joie, les rires, d’être plein de désir et de vie.

 

Je t'écris aujourd’hui le 23 novembre 2020. Je t'écris de cette drôle d’époque, je t’écris de ce temps incertain.
Je t’écris surtout, pour te dire que nous avons confiance dans l’histoire, confiance dans nos pairs, nos amis, nos collègues ; et que nous vivrons, mon enfant, ensemble, des jours meilleurs, debout sur les ruines d’aujourd’hui.

 

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A nos alliés :

Après cette première phase de sidération, l’Escargot Migrateur va reprendre son chemin :

☛ Continuer à œuvrer en soutien aux collectifs en souffrance. Nous avons créé une formation pour partager ces savoirs singuliers : Faire un collectif dans la durée, envers et grâce à tout ! 

Accompagner les équipes à produire plus de solidarité, à se recentrer sur l’action locale. A coopérer mieux avec leurs alliés, et à créer des alliances avec les  opprimés.

Lutter contre les dominations qui structurent notre société, notamment en créant des formations spécifiques comme par exemple sur les rapports de genre et les inégalités dans le milieu de la culture.

Créer des rencontres et des alliances sur les questions d’alimentation et de solidarités.

Co-construire des aventures culturelles ancrées, encourager les démarches communautaires et être force de propositions solidaires.

Diffuser les méthodes de réflexions collectives, pour penser dans la complexité.

☛ Malgré la distanciation physique, continuer à chercher des modalités d’action.  
Hier, a eu lieu la première rencontre virtuelle sur la recherche collective sur les cérémonies et les rituels, et nous avons pu sentir la puissance de l’intelligence collective pour aller se questionner sur des questions centrales de notre humanité. Ce groupe, si hétéroclite, est plein de promesses. Et c’est la preuve que malgré la distance, nous pouvons continuer à créer des alliances nouvelles, et à produire ensemble des savoirs.

 

Bref, nous connaissons notre place, nous allons la reprendre avec vigueur ! 

Nous sommes un petit engrenage modeste dans une machine collective. Nous sommes plus que jamais conscients que notre capacité de résistance est proportionnelle à la solidité du lien qui nous relie à notre communauté, à vous toutes et tous qui agissez d’une manière ou d’une autre pour nourrir et illustrer les paroles d’Ariane Mnouchkine, extraites de ses voeux pour 2014 : 

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Nous avons la preuve maintenant que même Isolé.es ce lien ne s’effrite pas.
Alors ensemble, retrouvons-nous, soyons à la hauteur de cette épopée et rallumons tous les soleils !

 

Petite fille qui regarde une statuette d'escargot ailé posée à côté d'elle...


Appel à se ressaisir ensemble de nos cérémonies et célébrations ! - mardi 23 juin 2020 - Co-construction | Education populaire | Pouvoir d'agir | cérémonie rituel celebration

 

De cette période mouvementée qui nous a toutes et tous immobilisé-ées, nous gardons un désir de changement profond, structurel.

Raviver notre humanité, renforcer notre solidarité et remobiliser nos communautés. 

Comme nous l’avons mentionné lors de notre dernière lettre à nouvelles : la vie, la mort, ce cycle immuable nous a visité.
Furtives visites nous marquant pour toujours à la fois de leur douceur et de leur amertume.
Et puis, nous nous sommes posés beaucoup de questions.  On s’est interrogé sur l'accompagnement de ces moments de vie. Comment pourrait-il être fait autrement ? Comment cet accompagnement pourrait marquer nos histoires, nos histoires de famille, de communauté dans l'intensité, la sincérité, la joie ? Comment est-ce que les rites de passage, les rituels pourraient retrouver des places justes, qui nous ressemblent, qui nous rassemblent, qui ne soient pas encore un espace où s'intensifie les dominations de classes, de genres, d'origines... un espace qui se ré-invente et que l'on se ré-approprie?

Nous pensons que les cérémonies, les rituels et les célébrations sont ce qui nous lie dans notre humanité, mais aussi dans nos communautés.
Nous pensons que ces moments de rassemblements de collectifs, autour d'instants de passages, sont nécessaires pour faire corps, faire front, faire ensemble. 

Il nous semble important de prendre à bras le corps cette question, et nous proposons de semer une graine sur ce paysage, et de créer une aventure autour "d'une Maison des Cérémonies et des Célébrations".

Nous en sommes au tout début, et nous cherchons des  allié-es, des soutiens pour se lancer.
Nous souhaitons que l’éducation populaire se ressaisisse avec joie de ces moments ! 

Que ces moments de cérémonies deviennent des moments de réunion de la communauté, des communautés, qu’ils nous permettent de nous repenser comme liés, liant, et partie d'un tout.
Que ces moments de célébrations nous rappellent nos engagements de respect, de soutien et de protection du collectif et des individus qui le constituent ;
Que ces moments nous préparent également à faire preuve de résilience face aux futurs chocs qui se profilent ;
Que nous redonnions aux premiers concernés la puissance politique et symbolique de ces moments.

 

C’est pourquoi l’Escargot Migrateur souhaite se lancer dans une nouvelle aventure : accompagner les cérémonies et les célébrations en suivant 3 approches complémentaires :

Créer un espace de recherche et de réflexion collective.
Nous souhaitons rencontrer et découvrir ceux qui sont déjà sur ce chemin, comme la coopérative funéraire de Rennes, ainsi que toutes celles et ceux qui le vivent pleinement dans les territoires où les communautés ont toujours cette puissance. Cela afin de documenter, de réfléchir sur les pratiques existantes et d'initier une recherche collective avec ceux/celles qui le souhaitent !

 

Soutenir tous ensemble celles et ceux qui expérimentent, et se lancer dans l'accompagnement des cérémonies et célébrations.
Nous souhaitons créer des espaces de réflexion pour  construire ensemble des dispositifs d'accompagnement plus enracinés, plus mobilisés, solidaires et fédérateurs. Inventons les ensemble, libres !

 

☛ Faire mouvement : l'éducation populaire au service des communautés.
Nous appelons toutes les structures, personnes intéressées dans cette démarche à entrer dans la danse, à se mobiliser joyeusement pour imaginer ce que seraient des Maisons des Cérémonies et Célébrations, la place que cela pourrait prendre dans le travail des maisons de quartiers, des compagnies de théâtre, de plannings familiaux, d'associations interculturelles, associations de solidarités, des collectifs de voisins ?

 

Contactez-nous pour que l'on se soutienne, s’entraide et se nourrisse des expériences des uns et des autres ! 

A nos naissances, à nos départs, à nos unions, à nos séparations, à nos retrouvailles, à nos passages, à nos communs et à nos morts !
A toutes nos cérémonies et célébrations !

 


Prendre soin du vivant, des morts et des vivants - lundi 11 mai 2020 - Education populaire | Pouvoir d'agir | Analyse des dominations | Analyse de la société

Éprouver la mort. Éprouver la peur de la mort dans ce monde qui bruisse.

On l’éprouve tous. De prêt ou de loin. Ici à l’Escargot aussi.

Lucile nous raconte :

Mon grand-père est mort dans cette période de confinement. Un grand-père paysan de 92 ans qui faisait encore son jardin. De quoi est-il mort, on le saura jamais… mais suspicion de coronavirus… C’était au tout début du confinement. Les pompes funèbres, hésitant et délicatement perturbés par les nouveaux rites, rythmes qu’il fallait inventer. Sur l’instant. Dans l’instant. Avec le contexte. L’environnement paysager. Le temps qui nous était imparti.

Des masques. Des mètres de distance. Des embrassades à 2 mètres. De peur de se contaminer les uns, les autres. De peur de mélanger nos miasmes, nous n’avons pas serré nos corps pour partager notre peine.
Les 15 minutes réglementaires se sont prolongées de 5 min. Nous avons partagé les discours essentiels, rapides et puissants. Tout près de notre père, grand-père, mari. De son cercueil.

Surréaliste pour ma grand-mère, attachée aux rites et rituels de ses ancêtres, de ses proches.
Là, c’était tout autrement. Tout différent.

Dehors, au vent, sous le bruit des oiseaux, et des scies dans la plaine. Sur le parking du cimetière devant cette petite chapelle. Finalement, c’était beau.

Nous n’avons pas partagé le café avec nos cousins, neveux qui ont bravé les policiers pour faire quelques heures de route et nous rejoindre. De peur… de la mort encore ?
Nous avons bu le café, manger un bout à 6 autour d’une grande table à 1 mètre les uns des autres, parlant de Louis et du monde. De l’intime au géant. Du vécu à l’imposé. Du charnel au virtuel.


Quelques semaines plus tard, c’est Tanguy qui vit la mort de son père :

Un choc soudain, brutal. Un verdict définitif. Mon père est mort. De quoi ? on sait pas. Mort en pleine forme, en pleine création, en plein vol. Vivant et joyeux au téléphone, et mort l’heure d’après. Inenvisageable l’après-midi même. Mais c’est fait, c’est comme ça, c’est irrémédiable. Et immédiatement, là, maintenant, il faut décider.

Quelle pompe funèbre ? Et toute la suite des mille questions incroyables et oh combien urgentes. Une tornade. Un ouragan. Je plane à 10 mètres du sol. Je comprends tout, mais ne comprends rien. Rien. Rien du tout. Un ami me glisse, Tanguy, depuis janvier, il y a une coopérative funéraire. Un projet communautaire, d’éducation populaire. Ok. J’appelle. Isabelle nous reçoit. Elle explique. Au Québec, il y a 30 ans, le marché de la mort appartient à trois immenses boites capitalistes. Marché, concurrence, All Is business. Il se crée en résistance des coopératives, regroupant les familles, à but non lucratif, centrée sur l’accompagnement, la communauté. 30 ans plus tard, le business a disparu là-bas, l’intelligence, la coopération, la justesse a gagné. Les coopératives ont éradiqué le commerce insupportable. En France, il y a 3 coopératives, dont 2 viennent tout juste d’éclore ces mois-ci. Isabelle nous a accompagnée.

Et nous avons pu inventer la cérémonie qui nous convenait. Elle s’est occupé de tout, pour que nous puissions chercher la beauté. Et nous l’avons trouvé. C’était beau. Nous avons récupéré nos symboles, nous avons choisis nos mots, nos codes, trouvé comment dire adieu, à notre manière. Les petits enfants ont vécu leur première cérémonie, ils ont dit : « Ça fait du bien. Nous sommes heureux de lui a voir dire en revoir comme ça. Merci. »

La communauté a besoin de cérémonies pour ses naissances, ses mariages, ses départs en retraites, et ses morts. Dans une cérémonie, les symboles de pouvoir sont ultra puissants. Ceux de l’église par exemple, ou ceux de l’État, ou ceux du business. Il est temps que nous récupérions ces moments pour y mettre nos symboles. Que les parents, les mariés, les collègues, les enfants, choisissent les symboles qui leurs sont nécessaires. Je m’engage à travailler en ce sens.

Et l’animateur de l’éducation populaire que je suis, va se mettre à animer les cérémonies de mariages, de retraites, d’enterrement etc.… A remettre du sens dans nos moments de vie communautaires. Animer des réunions, animer des formations, animer des temps de travail collectif, animer des évènements communautaires, animer aussi des mariages et des enterrements.


Le deuil est politique.

Les cicatrices d’un peuple qui ne peut pas dire au revoir à ses proches, sont à vif à tout jamais. Comme nous le raconte encore avec tristesse l’histoire du peuple argentin et ses milliers de disparus, l’histoire du peuple mexicain, l’histoire du peuple chilien. Ils sont nombreux ces pays à qui on a volé la possibilité de faire deuil, pour déstabiliser et installer des dictatures capitalistes et mafieuses. Maîtriser le sort de ses morts, c’est maîtriser son histoire. Un peuple sous contrôle ne maîtrise pas ses rituels.

Et l’éducation populaire doit y prendre sa place.

L’éducation populaire peut nous accompagner à se réapproprier les temps collectifs, à les réinventer avec nos codes, nos histoires, nos symboles.
Elle peut nous accompagner à retrouver l’échelle communautaire avec les organisations collectives qui permettent l’auto-organisation de nos vies.
Nous avons besoin de nos rituels, de nos cérémonies, d’artifices concrets et matériels pour s’emparer des émotions, des épreuves.
Ces rites nous construisent, et marquent au fer rouge l’histoire de nos familles et de nos communautés.
Ils doivent être les nôtres et pas ceux d’un pouvoir extérieur et patriarcal.

Pour aller plus loin :

La coopérative funéraire de Rennes
☛ le spectacle Hiboux de la compagnie Les 3 Points de Suspension qui devait sortir fin mai 2020… un spectacle sur la mort, les cérémonies.
☛ les textes de Damasio "Coronavigation"
☛ les émissions de France Culture sur la mort "Vivre avec les morts"

Et puis, nous avons des nouvelles formations irriguées de ces désirs de justice sociale, des formations construites pour générer de la joie et transmettre les réflexions et les processus pour consolider nos collectifs et nos actions de transformation sociale. Les voici.

Au plaisir de vous revoir, au grand plaisir d'honorer le vivant, les vivants et nos morts, avec vous.

L’équipe de l'Escargot Migrateur

 


Jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible... - vendredi 17 janvier 2020 - Rapport au travail | Art et politique | Economie | Société civile | Sensible | Féminisme | Actualités | Analyse de la société | Livre | Film | Documentaire

C’est toujours intéressant d’essayer de sentir le récit global qui nous est proposé, d’essayer de choper l'essence ce que l’on voudrait nous raconter.

Le récit que j’entends est triste, mortifère, fait de "fin du monde", de fin d'histoire, de renoncement, de bêtise profonde et de violence inouïe.

A quoi bon, résister ? à quoi bon exister ? puisque tout est perdu, ou du moins tout le sera bientôt...

Ce récit, cette propagande, nous enferme, nous construit, nous produit. Elle est le décor extérieur et intérieur de nos réflexions, de nos affects, et de nos engagements.

Ce récit nous contrôle et nous encadre, en ce qu'il devient notre imaginaire.

Mais ce n’est qu’un récit.

Et quand bien même bénéficie-t-il d’une communication extraordinaire, il est bien pauvre. Comme une musique de supermarché sans autre fonction que de prendre toute la place dans nos pensées pour faire de nous de dociles consommateurs de notre environnement. Un prêt à consommer, diffusé à un volume assourdissant.

Voilà un ennemi puissant, mais un ennemi à notre portée.

 

☛ Il s'agit de lui confronter la lecture d'Alain Damasio, et de sentir l’énergie profonde que ces mots convoquent, dans Les furtifs par exemple (édition La volte).

☛ Il s'agit de lui opposer l'écoute Francis Dupuis-Déri, chercheur en science politique à l’université de Québec, parler de Démocratie (son travail sur l’histoire de la démocratie déménage, il est juste passionnant !) et de l’antiféminisme (féministe lui-même, il démonte avec intelligence l’idée de crise de la masculinité) pendant deux fois 2 heures sur Thinkerview (chaine youtube), et nous voilà redevenu-es intelligent-es, lucide, malin-es et armé-es pour comprendre l’actualité.

☛ Il s'agit de lui contester la vision de Divines, le film de Houda Benyamina pour se faire saisir par la beauté étourdissante d’une jeunesse banlieusarde, brûlée à vif.

☛ Il s’agit de lui répondre, en reprenant des nouvelles fraîches des zapatistes, ici dans Lundi matin.

☛ Il s'agit aussi de re-regarder l'excellent "Je lutte donc je suis" de Yanis Youlountas, pour se sentir revigoré-e d'une énergie combative collectivement partagée et vivante !

☛ Il faut aussi, absolument, regarder le courage, le véritable, dans Pour Sama, Journal d’une mère Syrienne.

Bref, voilà un peu de nos remèdes quotidiens du moment, j’imagine que vous avez les vôtres !

 

Mais comment sortir de la matrice elle-même et retrouver de la puissance dans nos actions ?

Comment sortir de la partie, du game ?

Car pendant que l’on perd aux échecs, il faut se rappeler que l’on joue aux échecs, que l’on peut toujours arrêter de jouer, renverser la table, prendre un autre jeu, éteindre la lumière, sortir de la pièce…

On peut regarder ce que ça produit de jouer aux échecs, au-delà de la partie elle-même, quelles postures physiques, quelle présence au réel, quelles émotions, quelles relations avec les autres joueurs ou non-joueur, qu’est ce que l’on n’est pas en train de faire pendant qu’on joue, qui nous a invité à jouer...

 

On peut reprendre pied, sortir de la matrice, du cadre mental, de la partie jouée, de la partie éclairée, qui nous obnubile et nous fait insidieusement devenir un joueur d’échec.

Un joueur focalisé sur les règles, les coups à prendre et à donner, assis et en train de perdre…

 

Sortir du jeu, Quitter le récit médiatique, faire un pas de côté.

 

Pour construire !

Construire hors du récit, hors du jeu, construire des réponses structurantes et puissantes, ne nous suffisons plus d'adaptations et d’une partie que nous n’avons pas choisie !

 

☛ Nous ne voulons pas la retraite à 64 ans.

Nous voulons la retraite maintenant ! et dés maintenant consacrer notre temps plein à ce qui est utile ! (Lire, voir ou écouter Bernard Friot, génial sur cette question et sa mise en œuvre)

☛ Nous ne voulons pas un meilleur « traitement de la gestion des migrants », nous voulons un accueil fraternel et chaleureux !

☛ Nous ne voulons pas d'une réforme des universités, nous voulons l’accès pour touteset tous au savoir et à sa production !

☛ Nous ne voulons pas « moins de bavures et de violences policières », nous voulons que la police change de camp !

☛ Nous ne voulons plus de bio dans les écoles, nous voulons de la nourriture saine pour tous !

☛ Nous ne voulons pas de la 6e république, nous voulons créer autre chose. (Ecouter oulire donc Dupuis-déri : Démocratie / Histoire Politique D'Un Mot Aux États-Unis Et En France)

 

Nous refusons une citoyenneté définie par notre force de production ou notre force de reproduction. Nous voulons une citoyenneté totale définie par le partage des techniques, des fluides, des semences, de l’eau, des savoirs… Ils disent la nouvelle guerre propre se fera avec des drones. Nous voulons faire l’amour avec les drones. Notre insurrection est la paix, l’affect total. Ils disent crise. Nous disons révolution. 
Paul B. Preciado philosophe dans Un appartement sur Uranus

 

☛ Nous ne voulons pas la grève générale, nous voulons un autre rapport au travail.

☛ Nous ne voulons pas d’une économie plus productive, nous voulons sortir de cette économie et en inventer une autre. Une économie du vivant et des relations.

 

Nous sommes plein de désirs !

 

Aucun de ces désirs n’est impossible, on a tous déjà commencé à se mettre en mouvement, depuis plus ou moins longtemps, avec plus au moins de réussite.

Le temps est notre allié, notre ami, notre enjeu.

Rien n’est impossible si nous sortons du carcan mental qui nous écrase.

Rien ne sera impossible si nous reprenons la maîtrise de notre récit, de nos imaginaires, de notre temps.

 

Et, dans ce monde où l’imprévisible devient, chaque jour un peu plus, la seule chose qu’on puisse prévoir, il peut nous être précieux de garder à l’esprit ce que les zapatistes ont l’habitude de dire : jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible...
Jérome Baschet

 

Alors, nous prendrons tous ensemble le pouvoir !
Lentement et joyeusement !
Nous nous engageons à y contribuer de toute nos forces, ensemble, au coude à coude.
Alors bienvenues dans 2020, l’histoire ne fait que commencer !

 

P.S, nous avons plein de nouvelles formations irriguées de ces désirs de justice sociale, des formations construites pour générer de la joie et transmettre les réflexions et les processus pour consolider nos collectifs et nos actions de transformation sociale.
Nous aurons besoin de vous cet année, particulièrement ! de vos coup de pouce pour bien les remplir.

Mais ça c’est une autre histoire.

 


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