L'Escargot Migrateur

L'Escargot Migrateur anime des formations, et accompagne des structures de la société civile.

Nous construisons, nous pensons, nous inventons, nous combattons pour un monde plus juste. Nous rayonnons sur toute la France et agissons aussi régulièrement à l'étranger. Mais là où on intervient le plus souvent, c'est en Bretagne, en Normandie, en Auvergne et en Rhône-Alpes.

Ce qui nous porte beaucoup en ce moment, c’est d’accompagner des territoires, des villages, des secteurs sur un temps long, mettre en place et installer des cultures de coopération, plus pertinentes, plus fortes, plus puissantes, pour répondre pleinement aux enjeux et aux besoins des territoires concernés.
À Groix avec les Semeurs de Santé, on se régale ; à Simorre avec le café le Bouche à Oreille qui passe en SCIC (130 sociétaires dans ce village de 1000 habitants), et l’émulation du village, aussi c’est passionnant !
Alors notre programme de formation de cette année est moins fourni que les deux dernières années... et aussi parce que Lucile revient de congé mat' !! Youhouhou !


Actualités

Prendre soin du vivant, des morts et des vivants - lundi 11 mai 2020 - Education populaire | Pouvoir d'agir | Analyse des dominations | Analyse de la société

Éprouver la mort. Éprouver la peur de la mort dans ce monde qui bruisse.

On l’éprouve tous. De prêt ou de loin. Ici à l’Escargot aussi.

Lucile nous raconte.

Mon grand-père est mort dans cette période de confinement. Un grand-père paysan de 92 ans qui faisait encore son jardin. De quoi est-il mort, on le saura jamais… mais suspicion de coronavirus… C’était au tout début du confinement. Les pompes funèbres, hésitant et délicatement perturbés par les nouveaux rites, rythmes qu’il fallait inventer. Sur l’instant. Dans l’instant. Avec le contexte. L’environnement paysager. Le temps qui nous était imparti.

Des masques. Des mètres de distance. Des embrassades à 2 mètres. De peur de se contaminer les uns, les autres. De peur de mélanger nos miasmes, nous n’avons pas serré nos corps pour partager notre peine.

Les 15 minutes réglementaires se sont prolongées de 5 min. Nous avons partagé les discours essentiels, rapides et puissants. Tout près de notre père, grand-père, mari. De son cercueil.

Surréaliste pour ma grand-mère, attachée aux rites et rituels de ses ancêtres, de ses proches.

Là, c’était tout autrement. Tout différent.

Dehors, au vent, sous le bruit des oiseaux, et des scies dans la plaine. Sur le parking du cimetière devant cette petite chapelle. Finalement, c’était beau.

Nous n’avons pas partagé le café avec nos cousins, neveux qui ont bravé les policiers pour faire quelques heures de route et nous rejoindre. De peur… de la mort encore ?

Nous avons bu le café, manger un bout à 6 autour d’une grande table à 1 mètre les uns des autres, parlant de Louis et du monde. De l’intime au géant. Du vécu à l’imposé. Du charnel au virtuel.

 

Quelques semaines plus tard, c’est Tanguy qui vit la mort de son père.

Tanguy nous raconte. Un choc soudain, brutal. Un verdict définitif. Mon père est mort. De quoi ? on sait pas. Mort en pleine forme, en pleine création, en plein vol. Vivant et joyeux au téléphone, et mort l’heure d’après. Inenvisageable l’après-midi même. Mais c’est fait, c’est comme ça, c’est irrémédiable. Et immédiatement, là, maintenant, il faut décider. 

Quelle pompe funèbre ? Et toute la suite des mille questions incroyables et oh combien urgentes. Une tornade. Un ouragan. Je plane à 10 mètres du sol. Je comprends tout, mais ne comprends rien. Rien. Rien du tout. Un ami me glisse, Tanguy, depuis janvier, il y a une coopérative funéraire. Un projet communautaire, d’éducation populaire. Ok. J’appelle. Isabelle nous reçoit. Elle explique. Au Québec, il y a 30 ans, le marché de la mort appartient à trois immenses boites capitalistes. Marché, concurrence, All Is business. Il se crée en résistance des coopératives, regroupant les familles, à but non lucratif, centrée sur l’accompagnement, la communauté. 30 ans plus tard, le business a disparu là-bas, l’intelligence, la coopération, la justesse a gagné. Les coopératives ont éradiqué le commerce insupportable. En France, il y a 3 coopératives, dont 2 viennent tout juste d’éclore ces mois-ci. Isabelle nous a accompagnée. 

Et nous avons pu inventer la cérémonie qui nous convenait. Elle s’est occupé de tout, pour que nous puissions chercher la beauté. Et nous l’avons trouvé. C’était beau. Nous avons récupéré nos symboles, nous avons choisis nos mots, nos codes, trouvé comment dire adieu, à notre manière. Les petits enfants ont vécu leur première cérémonie : ils ont dit , « Ça fait du bien. Nous sommes heureux de lui a voir dire en revoir comme ça. Merci. » 

La communauté a besoin de cérémonies pour ses naissances, ses mariages, ses départs en retraites, et ses morts. Dans une cérémonie, les symboles de pouvoir sont ultra puissants. Ceux de l’église par exemple, ou ceux de l’État, ou ceux du business. Il est temps que nous récupérions ces moments pour y mettre nos symboles. Que les parents, les mariés, les collègues, les enfants, choisissent les symboles qui leurs sont nécessaires. Je m’engage à travailler en ce sens. 

Et l’animateur de l’éducation populaire que je suis, va se mettre à animer les cérémonies de mariages, de retraites, d’enterrement etc.… A remettre du sens dans nos moments de vie communautaires. Animer des réunions, animer des formations, animer des temps de travail collectif, animer des évènements communautaires, animer aussi des mariages et des enterrements.

 

Le deuil est politique.

Les cicatrices d’un peuple qui ne peut pas dire au revoir à ses proches, sont à vif à tout jamais. Comme nous le raconte encore avec tristesse l’histoire du peuple argentin et ses milliers de disparus, l’histoire du peuple mexicain, l’histoire du peuple chilien. Ils sont nombreux ces pays à qui on a volé la possibilité de faire deuil, pour déstabiliser et installer des dictatures capitalistes et mafieuses. Maîtriser le sort de ses morts, c’est maîtriser son histoire. Un peuple sous contrôle ne maîtrise pas ses rituels.
 

Et l’éducation populaire doit y prendre sa place.

L’éducation populaire peut nous accompagner à se réapproprier les temps collectifs, à les réinventer avec nos codes, nos histoires, nos symboles.

Elle peut nous accompagner à retrouver l’échelle communautaire avec les organisations collectives qui permettent l’auto-organisation de nos vies.

Nous avons besoin de nos rituels, de nos cérémonies, d’artifices concrets et matériels pour s’emparer des émotions, des épreuves.

Ces rites nous construisent, et marquent au fer rouge l’histoire de nos familles et de nos communautés.

Ils doivent être les nôtres et pas ceux d’un pouvoir extérieur et patriarcal.

Pour aller plus loin :

Et puis, nous avons des nouvelles formations irriguées de ces désirs de justice sociale, des formations construites pour générer de la joie et transmettre les réflexions et les processus pour consolider nos collectifs et nos actions de transformation sociale. Les voici.

Au plaisir de vous revoir, au grand plaisir d'honorer le vivant, les vivants et nos morts, avec vous.

L’équipe de l'Escargot Migrateur

 


Jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible... - vendredi 17 janvier 2020 - Rapport au travail | Art et politique | Economie | Société civile | Sensible | Féminisme | Actualités | Analyse de la société | Livre | Film | Documentaire

C’est toujours intéressant d’essayer de sentir le récit global qui nous est proposé, d’essayer de choper l'essence ce que l’on voudrait nous raconter.

Le récit que j’entends est triste, mortifère, fait de "fin du monde", de fin d'histoire, de renoncement, de bêtise profonde et de violence inouïe.

A quoi bon, résister ? à quoi bon exister ? puisque tout est perdu, ou du moins tout le sera bientôt...

Ce récit, cette propagande, nous enferme, nous construit, nous produit. Elle est le décor extérieur et intérieur de nos réflexions, de nos affects, et de nos engagements.

Ce récit nous contrôle et nous encadre, en ce qu'il devient notre imaginaire.

Mais ce n’est qu’un récit.

Et quand bien même bénéficie-t-il d’une communication extraordinaire, il est bien pauvre. Comme une musique de supermarché sans autre fonction que de prendre toute la place dans nos pensées pour faire de nous de dociles consommateurs de notre environnement. Un prêt à consommer, diffusé à un volume assourdissant.

Voilà un ennemi puissant, mais un ennemi à notre portée.

 

☛ Il s'agit de lui confronter la lecture d'Alain Damasio, et de sentir l’énergie profonde que ces mots convoquent, dans Les furtifs par exemple (édition La volte).

☛ Il s'agit de lui opposer l'écoute Francis Dupuis-Déri, chercheur en science politique à l’université de Québec, parler de Démocratie (son travail sur l’histoire de la démocratie déménage, il est juste passionnant !) et de l’antiféminisme (féministe lui-même, il démonte avec intelligence l’idée de crise de la masculinité) pendant deux fois 2 heures sur Thinkerview (chaine youtube), et nous voilà redevenu-es intelligent-es, lucide, malin-es et armé-es pour comprendre l’actualité.

☛ Il s'agit de lui contester la vision de Divines, le film de Houda Benyamina pour se faire saisir par la beauté étourdissante d’une jeunesse banlieusarde, brûlée à vif.

☛ Il s’agit de lui répondre, en reprenant des nouvelles fraîches des zapatistes, ici dans Lundi matin.

☛ Il s'agit aussi de re-regarder l'excellent "Je lutte donc je suis" de Yanis Youlountas, pour se sentir revigoré-e d'une énergie combative collectivement partagée et vivante !

☛ Il faut aussi, absolument, regarder le courage, le véritable, dans Pour Sama, Journal d’une mère Syrienne.

Bref, voilà un peu de nos remèdes quotidiens du moment, j’imagine que vous avez les vôtres !

 

Mais comment sortir de la matrice elle-même et retrouver de la puissance dans nos actions ?

Comment sortir de la partie, du game ?

Car pendant que l’on perd aux échecs, il faut se rappeler que l’on joue aux échecs, que l’on peut toujours arrêter de jouer, renverser la table, prendre un autre jeu, éteindre la lumière, sortir de la pièce…

On peut regarder ce que ça produit de jouer aux échecs, au-delà de la partie elle-même, quelles postures physiques, quelle présence au réel, quelles émotions, quelles relations avec les autres joueurs ou non-joueur, qu’est ce que l’on n’est pas en train de faire pendant qu’on joue, qui nous a invité à jouer...

 

On peut reprendre pied, sortir de la matrice, du cadre mental, de la partie jouée, de la partie éclairée, qui nous obnubile et nous fait insidieusement devenir un joueur d’échec.

Un joueur focalisé sur les règles, les coups à prendre et à donner, assis et en train de perdre…

 

Sortir du jeu, Quitter le récit médiatique, faire un pas de côté.

 

Pour construire !

Construire hors du récit, hors du jeu, construire des réponses structurantes et puissantes, ne nous suffisons plus d'adaptations et d’une partie que nous n’avons pas choisie !

 

☛ Nous ne voulons pas la retraite à 64 ans.

Nous voulons la retraite maintenant ! et dés maintenant consacrer notre temps plein à ce qui est utile ! (Lire, voir ou écouter Bernard Friot, génial sur cette question et sa mise en œuvre)

☛ Nous ne voulons pas un meilleur « traitement de la gestion des migrants », nous voulons un accueil fraternel et chaleureux !

☛ Nous ne voulons pas d'une réforme des universités, nous voulons l’accès pour touteset tous au savoir et à sa production !

☛ Nous ne voulons pas « moins de bavures et de violences policières », nous voulons que la police change de camp !

☛ Nous ne voulons plus de bio dans les écoles, nous voulons de la nourriture saine pour tous !

☛ Nous ne voulons pas de la 6e république, nous voulons créer autre chose. (Ecouter oulire donc Dupuis-déri : Démocratie / Histoire Politique D'Un Mot Aux États-Unis Et En France)

 

Nous refusons une citoyenneté définie par notre force de production ou notre force de reproduction. Nous voulons une citoyenneté totale définie par le partage des techniques, des fluides, des semences, de l’eau, des savoirs… Ils disent la nouvelle guerre propre se fera avec des drones. Nous voulons faire l’amour avec les drones. Notre insurrection est la paix, l’affect total. Ils disent crise. Nous disons révolution. 
Paul B. Preciado philosophe dans Un appartement sur Uranus

 

☛ Nous ne voulons pas la grève générale, nous voulons un autre rapport au travail.

☛ Nous ne voulons pas d’une économie plus productive, nous voulons sortir de cette économie et en inventer une autre. Une économie du vivant et des relations.

 

Nous sommes plein de désirs !

 

Aucun de ces désirs n’est impossible, on a tous déjà commencé à se mettre en mouvement, depuis plus ou moins longtemps, avec plus au moins de réussite.

Le temps est notre allié, notre ami, notre enjeu.

Rien n’est impossible si nous sortons du carcan mental qui nous écrase.

Rien ne sera impossible si nous reprenons la maîtrise de notre récit, de nos imaginaires, de notre temps.

 

Et, dans ce monde où l’imprévisible devient, chaque jour un peu plus, la seule chose qu’on puisse prévoir, il peut nous être précieux de garder à l’esprit ce que les zapatistes ont l’habitude de dire : jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible...
Jérome Baschet

 

Alors, nous prendrons tous ensemble le pouvoir !
Lentement et joyeusement !
Nous nous engageons à y contribuer de toute nos forces, ensemble, au coude à coude.
Alors bienvenues dans 2020, l’histoire ne fait que commencer !

 

P.S, nous avons plein de nouvelles formations irriguées de ces désirs de justice sociale, des formations construites pour générer de la joie et transmettre les réflexions et les processus pour consolider nos collectifs et nos actions de transformation sociale.
Nous aurons besoin de vous cet année, particulièrement ! de vos coup de pouce pour bien les remplir.

Mais ça c’est une autre histoire.

 


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