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Jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible... - vendredi 17 janvier 2020 - Rapport au travail | Art et politique | Economie | Société civile | Sensible | Féminisme | Actualités | Analyse de la société | Livre | Film | Documentaire

C’est toujours intéressant d’essayer de sentir le récit global qui nous est proposé, d’essayer de choper l'essence ce que l’on voudrait nous raconter.

Le récit que j’entends est triste, mortifère, fait de "fin du monde", de fin d'histoire, de renoncement, de bêtise profonde et de violence inouïe.

A quoi bon, résister ? à quoi bon exister ? puisque tout est perdu, ou du moins tout le sera bientôt...

Ce récit, cette propagande, nous enferme, nous construit, nous produit. Elle est le décor extérieur et intérieur de nos réflexions, de nos affects, et de nos engagements.

Ce récit nous contrôle et nous encadre, en ce qu'il devient notre imaginaire.

Mais ce n’est qu’un récit.

Et quand bien même bénéficie-t-il d’une communication extraordinaire, il est bien pauvre. Comme une musique de supermarché sans autre fonction que de prendre toute la place dans nos pensées pour faire de nous de dociles consommateurs de notre environnement. Un prêt à consommer, diffusé à un volume assourdissant.

Voilà un ennemi puissant, mais un ennemi à notre portée.

 

☛ Il s'agit de lui confronter la lecture d'Alain Damasio, et de sentir l’énergie profonde que ces mots convoquent, dans Les furtifs par exemple (édition La volte).

☛ Il s'agit de lui opposer l'écoute Francis Dupuis-Déri, chercheur en science politique à l’université de Québec, parler de Démocratie (son travail sur l’histoire de la démocratie déménage, il est juste passionnant !) et de l’antiféminisme (féministe lui-même, il démonte avec intelligence l’idée de crise de la masculinité) pendant deux fois 2 heures sur Thinkerview (chaine youtube), et nous voilà redevenu-es intelligent-es, lucide, malin-es et armé-es pour comprendre l’actualité.

☛ Il s'agit de lui contester la vision de Divines, le film de Houda Benyamina pour se faire saisir par la beauté étourdissante d’une jeunesse banlieusarde, brûlée à vif.

☛ Il s’agit de lui répondre, en reprenant des nouvelles fraîches des zapatistes, ici dans Lundi matin.

☛ Il s'agit aussi de re-regarder l'excellent "Je lutte donc je suis" de Yanis Youlountas, pour se sentir revigoré-e d'une énergie combative collectivement partagée et vivante !

☛ Il faut aussi, absolument, regarder le courage, le véritable, dans Pour Sama, Journal d’une mère Syrienne.

Bref, voilà un peu de nos remèdes quotidiens du moment, j’imagine que vous avez les vôtres !

 

Mais comment sortir de la matrice elle-même et retrouver de la puissance dans nos actions ?

Comment sortir de la partie, du game ?

Car pendant que l’on perd aux échecs, il faut se rappeler que l’on joue aux échecs, que l’on peut toujours arrêter de jouer, renverser la table, prendre un autre jeu, éteindre la lumière, sortir de la pièce…

On peut regarder ce que ça produit de jouer aux échecs, au-delà de la partie elle-même, quelles postures physiques, quelle présence au réel, quelles émotions, quelles relations avec les autres joueurs ou non-joueur, qu’est ce que l’on n’est pas en train de faire pendant qu’on joue, qui nous a invité à jouer...

 

On peut reprendre pied, sortir de la matrice, du cadre mental, de la partie jouée, de la partie éclairée, qui nous obnubile et nous fait insidieusement devenir un joueur d’échec.

Un joueur focalisé sur les règles, les coups à prendre et à donner, assis et en train de perdre…

 

Sortir du jeu, Quitter le récit médiatique, faire un pas de côté.

 

Pour construire !

Construire hors du récit, hors du jeu, construire des réponses structurantes et puissantes, ne nous suffisons plus d'adaptations et d’une partie que nous n’avons pas choisie !

 

☛ Nous ne voulons pas la retraite à 64 ans.

Nous voulons la retraite maintenant ! et dés maintenant consacrer notre temps plein à ce qui est utile ! (Lire, voir ou écouter Bernard Friot, génial sur cette question et sa mise en œuvre)

☛ Nous ne voulons pas un meilleur « traitement de la gestion des migrants », nous voulons un accueil fraternel et chaleureux !

☛ Nous ne voulons pas d'une réforme des universités, nous voulons l’accès pour touteset tous au savoir et à sa production !

☛ Nous ne voulons pas « moins de bavures et de violences policières », nous voulons que la police change de camp !

☛ Nous ne voulons plus de bio dans les écoles, nous voulons de la nourriture saine pour tous !

☛ Nous ne voulons pas de la 6e république, nous voulons créer autre chose. (Ecouter oulire donc Dupuis-déri : Démocratie / Histoire Politique D'Un Mot Aux États-Unis Et En France)

 

Nous refusons une citoyenneté définie par notre force de production ou notre force de reproduction. Nous voulons une citoyenneté totale définie par le partage des techniques, des fluides, des semences, de l’eau, des savoirs… Ils disent la nouvelle guerre propre se fera avec des drones. Nous voulons faire l’amour avec les drones. Notre insurrection est la paix, l’affect total. Ils disent crise. Nous disons révolution. 
Paul B. Preciado philosophe dans Un appartement sur Uranus

 

☛ Nous ne voulons pas la grève générale, nous voulons un autre rapport au travail.

☛ Nous ne voulons pas d’une économie plus productive, nous voulons sortir de cette économie et en inventer une autre. Une économie du vivant et des relations.

 

Nous sommes plein de désirs !

 

Aucun de ces désirs n’est impossible, on a tous déjà commencé à se mettre en mouvement, depuis plus ou moins longtemps, avec plus au moins de réussite.

Le temps est notre allié, notre ami, notre enjeu.

Rien n’est impossible si nous sortons du carcan mental qui nous écrase.

Rien ne sera impossible si nous reprenons la maîtrise de notre récit, de nos imaginaires, de notre temps.

 

Et, dans ce monde où l’imprévisible devient, chaque jour un peu plus, la seule chose qu’on puisse prévoir, il peut nous être précieux de garder à l’esprit ce que les zapatistes ont l’habitude de dire : jusqu’au jour d’avant, tout paraît impossible...
Jérome Baschet

 

Alors, nous prendrons tous ensemble le pouvoir !
Lentement et joyeusement !
Nous nous engageons à y contribuer de toute nos forces, ensemble, au coude à coude.
Alors bienvenues dans 2020, l’histoire ne fait que commencer !

 

P.S, nous avons plein de nouvelles formations irriguées de ces désirs de justice sociale, des formations construites pour générer de la joie et transmettre les réflexions et les processus pour consolider nos collectifs et nos actions de transformation sociale.
Nous aurons besoin de vous cet année, particulièrement ! de vos coup de pouce pour bien les remplir.

Mais ça c’est une autre histoire.